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Le fair-play financier, vraie idée ou faux espoir ?

15 février 2012


Michel Platini l’a voulu, l’UEFA la fait : les clubs européens ne pourront bientôt plus creuser le trou de leur déficit sans risquer d’être renvoyé de la classe. Un grand pas vers l’équité. Mais une règle facile à contourner.

Mercredi 22 février, le FC Bâle reçoit le Bayern de Munich en huitième de finale aller de la Ligue des Champions. Sur le terrain, deux fois onze joueurs, une ambition à son comble et le même appétit de victoire. En réalité, deux poids et deux mesures. Le club suisse, tombeur de Manchester United au tour précédent, pèse environ 40 M€. L’ogre allemand avoue un budget annuel supérieur à 300 M€. Déséquilibré ? Certainement.

Le fair-play financier, voulu par Michel Platini, adopté par l’UEFA au printemps dernier, changera-t-il la donne ? Réponse facile : pas complètement. Didier Deschamps, l’entraîneur de l’OM, veut croire qu’un contrôle strict des comptes des clubs européens entraînera forcément le football « sur la voie de l’équité. » Selon les textes de l’UEFA, il ne sera plus autorisé un déficit supérieur à 45 M€ pour les saisons 2013-14 et 2014-15, puis 30 M€ les trois suivantes. Plus aucun risque, donc, de voir une situation comparable à celle de l’année 2009, où Manchester United, Valence, Liverpool et le Real Madrid ont bouclé leur exercices avec des trous respectifs de 826 M€, 547 M€, 370 M€ et 327 M€.

Messi ne partira pas en Chine

Mais, fair-play ou pas, les cadors du foot-business ne risquent pas la banqueroute. L’économiste Vincent Chaudel suggère que « les grands clubs fonctionnent aujourd’hui comme des entreprises. Il sera difficile de les obliger à modifier leur politique salariale. » Le risque est faible de voir, par exemple, le FC Barcelone laisser partir Lionel Messi en Inde ou en Chine, faute de pouvoir maintenir ou augmenter ses émoluments. Face à la menace d’une exclusion des compétitions européennes, instaurée par l’UEFA en cas de déficit excessif, les maitres du mercato réduiront leurs masses salariales en taillant à coups de serpes dans les rangs des remplaçants, mais sans toucher aux stars de l’équipe.

Réduire les dépenses… ou augmenter les recettes

Plus gênant : la règle du fair-play financier s’annonce relativement aisée à contourner. Au moins pour des écuries de la taille et de l’impact du Real Madrid, de Chelsea, du Milan AC ou du Bayern Munich. A la Ligue de football professionnel française (LFP), un proche de la DNCG explique, sous couvert d’anonymat : « Pour diminuer un déficit, on peut bien sûr réduire ses dépenses, mais aussi augmenter ses recettes. Pour rester dans les clous, un grand club peut parfaitement obtenir de son propriétaire, pour la plupart des milliardaires à la tête d’empires économiques et financiers, la signature d’un contrat de partenariat avec l’une de ses propres entreprises. »

A l’évidence, le scénario est crédible. Manchester City, nouveau riche parmi les nantis de la Premier League, a vu ses comptes gonfler d’un coup de 475 M€ grâce à l’arrivée d’un nouveau partenaire, Etihad. La compagnie aérienne est la propriété de la famille régnante d’Abu Dhabi, elle-même propriétaire du club anglais par le biais de l’un de ses fonds d’investissement.

« Je ne peux laisser le foot européen courir à sa faillite. Il faut le sauver », martelait récemment Michel Platini dans un article du Monde. L’intention est louable. La méthode pourrait s’avérer pertinente. Mais la route s’annonce longue.

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